Un vaste réseau de blanchiment d’argent entre l’Europe et la Chine est actuellement au cœur d’un procès au tribunal correctionnel de Bobigny. Dix-neuf individus et neuf sociétés sont jugés pour avoir orchestré un système de blanchiment dépassant 65 millions d’euros, via le centre de grossistes chinois d’Aubervilliers, le Cifa. Cette affaire, mise au jour en 2021 à la suite de plusieurs signalements de Tracfin, révèle l’utilisation de sociétés fictives disséminées entre la France, l’Europe et la Chine, dissimulant deux structures frauduleuses présumées.
Au centre de ce procès, Keqiang Z., 37 ans, est accusé d’avoir blanchi 29,5 millions d’euros à travers un réseau complexe de fraude à la TVA reliant des entreprises italiennes et chinoises. Interrogé par la présidente du tribunal, il admet sans détour que “tous les flux venant de France sont illégaux” tout en niant connaître la majorité des autres accusés. Lors de la perquisition de son bureau à Aubervilliers, 165 000 euros en espèces avaient été retrouvés. Il prétend qu’il s’agissait de donations de mariage, mais la juge lui rappelle ses aveux initiaux : “Vous aviez dit que c’était de l’argent du blanchiment.” Un échange qui a mis en lumière les contradictions et les zones d’ombre de l’affaire.
Le Cifa, complexe regroupant plus de 250 boutiques, est reconnu par les enquêteurs comme un épicentre du blanchiment d’argent en Île-de-France. En parallèle, Chérif H., un autre accusé, est soupçonné d’avoir blanchi 37,6 millions d’euros entre 2020 et 2024, grâce à un système de fausses factures. Dirigeant une officine fantôme, cet homme de 45 ans aurait orchestré des virements entre diverses sociétés européennes, avant de transférer les fonds vers la Chine et Hong Kong. L’argent, collecté en espèces auprès de commerçants chinois d’Aubervilliers, était ensuite restitué aux entreprises clientes, moyennant une commission substantielle.
Le procès, prévu pour se poursuivre jusqu’au 27 septembre, met en lumière l’ampleur de cette fraude internationale, et tentera de démêler les liens complexes entre ces sociétés fictives, révélant un réseau de blanchiment profondément enraciné dans le commerce de gros et les flux financiers entre l’Europe et l’Asie.
Source: Mesinfos


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